“Paul était un pionnier par passion”

Jean-Marc Richard se souvient avec émotion de son ami d’enfance Paul Magro, avec lequel il a inventé une forme bien particulière de retransmission des matchs du LHC. En mêlant parfois sport et politique. Témoignage.

« Je pensais qu’on allait pouvoir se revoir, et commenter ensemble quelques matchs des séries éliminatoires pour Global Sport. On avait fêté nos 60 ans les deux il y a quelques temps… » Jean-Marc Richard est très triste. Il a perdu son ami d’enfance, celui avec lequel il a construit une part de la légende des radios locales, ce copain fidèle des soirées de hockey endiablées. Paul Magro s’en est allé, et une foule de souvenirs reviennent en mémoire de Jean-Marc Richard, qui finit par oublier un peu son chagrin en riant de ces anecdotes savoureuses.

« Paul et moi avons grandi dans le même quartier, à Chailly. Enfants, on regardait les matchs de hockey à la télé, on coupait le son, et on enregistrait nos commentaires sur des cassettes… c’était la fin des années septante. » Les deux jeunes se passionnent aussi pour la musique, ils font partie d’un groupe de rock chrétien, Dove, dans lequel Jean-Marc chante et Paul est guitariste.

Plus tard, le parcours de Jean-Marc le mène jusqu’à la création de Radio Acidule. Paul l’appelle un jour et lui suggère de recréer le duo de commentateurs, mais pour de vrai cette fois. « Je n’attendais que ça, en fait. On est parti, à la débrouille, avec pour seul moyen technique le téléphone. Le LHC était en 1re Ligue, on se faisait Saas Grund, Dübendorf, Lyss… je me rappelle d’une fois où il a fallu aller chez des voisins de la patinoire brancher des prises sur leur téléphone pour faire un relais avec mon Nagra. »

Le duo, bien secondé en régie par des gars qui feront eux aussi du chemin (Eric Jutzet, Samy El-Zein, Laurent Siebenmann…), installe sa légende avec « La Passion des Goléadors » et les tirades délirantes de Paul Magro. « C’était un show à lui tout seul. Il avait son sifflet brésilien, ses expressions italiennes, ses « mesdames-messieurs »… et ses têtes de Turc ! » A ce propos, Jean-Marc raconte un épisode qui le fait encore rire aujourd’hui.

« Il y avait un arbitre romand, le seul qui sifflait en Ligue A à l’époque, qui s’appelait Clémençon. Et on avait l’impression qu’il sifflait beaucoup contre nous, comme pour ne pas être soupçonné d’avantager les clubs romands. Un coup, Paul s’est énervé et a lâché « Quel con ce Clémençon » ! Plusieurs années plus tard, je suis allé enregistrer une émission des « Zèbres » à l’école française de Berne. Lorsque je suis entré, un type en costard a gueulé « Richard ! Dans mon bureau ! » J’étais un peu surpris. Il m’a dit « Quel con ce Clémençon, ça vous dit quelque chose ? »… et j’ai bredouillé que oui, mais que c’était pas moi… et le type m’a dit « C’est moi ce con de Clémençon, je suis le directeur de l’école ! » Et il a ri aux éclats ! »

Jean-Marc se souvient aussi d’une fois où, installé à La Chaux-de-Fonds, il s’est retrouvé à commenter un match des « Abeilles » pour le compte de « leur » radio, avec Paul Magro dans la cabine d’à-coté, qui suivait le LHC. « Ça faisait drôle. Mais nous sommes toujours restés amis, fidèles quoi qu’il arrive. On se l’était juré. »

« Paul était un pionnier qui s’ignorait. Il n’a jamais voulu devenir commentateur professionnel. Moi non plus du reste. Nous aurions perdu notre liberté, notre passion. Il faut quand même dire qu’on a fait un truc de dingues, notamment les directs conseil communal et match de hockey ! Moi je suivais les débats politiques à Lausanne et tout d’un coup Paul m’interrompait en hurlant « goooooaaaaaaaaalll rrreeete rete rete ! ». Mythique ! »

Un jour, les dirigeants d’alors du LHC et Jean-Marc Richard avaient concocté une surprise. « J’ai dit à Paul qu’on devait descendre au pupitre du speaker parce que Laurent Savoyen avait quelque chose à nous dire. Paul a dû se faire prier, ça dérogeait aux habitudes. En fait, nous sommes entrés sur la glace et tout le kop a fait la holà pour nous. Paul était tellement ému. Il préférait rester dans l’ombre, à transmettre sa passion par son micro. »