Patrick de Preux commente l’actualité du club, de l’équipe aux coulisses. Interview
En une décennie de présidence du Lausanne Hockey Club, Patrick de Preux a vu grandir à la fois le club et son enthousiasme désormais légendaire. Son âme de supporter fait qu’il comprend parfaitement les impatiences des fans, dont l’appétit – forcément – vient en mangeant. Il entend donc certains commentaires actuels, et les partage parfois : « Disons qu’à domicile, on pourrait avoir de meilleurs résultats, dit-il dans un sourire. Nous savions que tout n’irait pas de soi : à chaque fois qu’un club de l’élite suisse a pris ses quartiers dans une nouvelle patinoire, il a vécu une saison compliquée. Alors pour le moment, constatons que la nôtre est quand même pas mal, nous sommes dans le bon wagon, et nous avons gagné sept des dix derniers matchs. » Et la situation globale du club ? Le président de Preux donne des précisions sur tous les points. Sans langue de bois.
La nouvelle enceinte est superbe, l’équipe a belle allure, la moyenne des spectateurs est en hausse… pourtant, on perçoit une irritation… la comprenez-vous ?
Nous avons tous tendance à nous faire embarquer par l’ambiance du moment et à oublier de mettre les choses en perspective. L’attente de la nouvelle patinoire, et les rêves qu’elle a générés, ont accru le besoin de succès. La demi-finale de la saison dernière a paru comme une étape vers un plus haut naturel… Donc nous sommes tous devenus un peu impatients et moins tolérants à ces hauts et ces bas qui arrivent dans le sport.
Je crois qu’on est sensible à l’aspect romand, au fait qu’on a perdu des matchs contre Genève ou Fribourg. Mais je rappelle que nous sommes cinquièmes, quand même, avec une dizaine de matchs à disputer. Les joueurs sont déterminés et soudés. Il suffit de parler trente seconde à Etienne Froidevaux ou à Joël Genazzi et tous les doutes là-dessus s’estompent.
Un mot encore sur les décisions sportives. Je ne me suis jamais mêlé de cela et je ne vais pas commencer à le faire aujourd’hui. Si on commence à mélanger les bidons et à confondre les rôles, c’est le début des emmerdes, passez-moi l’expression. Ce que je peux dire non sans fierté, c’est que nous sommes à peu près la même équipe dirigeante qu’il y a dix ans, et qu’en dix ans nous avons accompli un chemin extraordinaire. Deux mots résument notre action : stabilité et détermination. Nous n’avons pas dévié de notre cap, et nous nous en tenons à notre philosophie. C’est aussi pour cela qu’on ne cède pas à je ne sais quelle panique ou lubie à la moindre anicroche.
Mais êtes-vous inquiet ?
Absolument pas, pour des raisons évidentes. Nous sommes en course pour finir dans les quatre premiers ; nous avons le meilleur gardien de la Ligue ; nous avons le plus grand nombre de joueurs qui ont marqué plus de 10 points ; nous sommes la deuxième équipe la plus forte à l’extérieur, et nous avons la meilleure défense… Ce qui doit s’améliorer ? Les résultats à domicile, le power-play. Mais l’engagement est là. Avez-vous vu contre Rapperswil Christoph Bertschy se faire exploser l’oreille, se la faire recoudre par une femme médecin spécialisée qui par bonheur était au match, et venir nous gagner le match en marquant un but et un penalty ? J’ai trouvé cela dingue, franchement.
On entend qu’un nouvel étranger n’arrive pas parce que le budget ne le permet pas…
Oui, on entend toujours des théories soi-disant informées… Le club a grandi, son budget aussi, mais la règle reste la même : nous dépensons ce que nous gagnons – à travers les ventes d’abonnements et de billets, les partenaires, les clubs de soutien, la restauration et les droits de télévision. Donc nous n’avons pas de souci majeur de ce côté, bien que certains retards d’équipement aient occasionné un important manque à gagner. Cela dit, le marché des joueurs étrangers capables de faire la différence en Suisse est très serré, et les douze clubs prospectent sans relâche. La concurrence est permanente. Et maintenant, à cause de la blessure de Cory Emmerton, on en cherche deux ! Mais j’espère qu’une bonne nouvelle va arriver la semaine prochaine.
Et l’actionnariat du club ?
L’affaire est en très bonne voie. Là aussi, des nouvelles sont vraisemblablement attendues prochainement.
En résumé, alors, président ?
En résumé… j’aimerais moi aussi qu’on ait plus de victoires à la maison, qu’on gagne quelques derbies (on a commencé !). L’objectif, c’est les play-offs, comme tous nos concurrents, et la lutte est âpre. Tout le monde travaille dur. Ne tombons pas dans l’impatience. J’aimerais dire à nos supporters : vous êtes magnifiques quand vous chantez, quand vous tapez des mains. Je peux comprendre les frustrations momentanées, on n’aime rien tant que la victoire, et on déteste perdre. Mais n’oubliez pas que c’est ensemble que nous réussirons. C’est le moment de nous serrer les coudes, de laisser de côté ce côté chagrin qui traîne parfois, de s’encourager. La saison est encore longue, c’est le moment de se rassembler. L’union fait la force, ce n’est pas qu’un slogan, c’est une vérité.
